Monday, April 25, 2011

JOURNEE MONDIALE DE LUTTE CONTRE LE PALUDISME: REPORTAGE AU KENYA ET EN OUGANDA


 Selon l’ONU, chaque année, on recense au moins 300 millions de cas aigus de paludisme dans le monde, causant plus d’un million de décès. Environ 90 % de ces décès se produisent en Afrique, parmi de jeunes enfants en majorité.  En Ouganda, qui a le taux de mortalité du au paludisme parmi les 3 plus élevés du monde, le paludisme est la cause principale de décès parmi les moins de cinq ans. Dans le district d’Apac, dans la région du Lac Kyoga, dans le nord du pays, chaque personne subit plus de 1500 piqures de moustiques par an… Le gouvernement ougandais a décidé d’agir en distribuant des moustiquaires mais surtout en recourant à des insecticides. Mais le problèmes c’est que le produit chimique utilisé est ultra polluant et a ruiné l’agriculture biologique qui s’est développée ces 15 dernières années. La Fondation Biovision, basée en Suisse, tente d’alerter les gouvernements sur les méfaits des produits polluants. Elle rappelle qu’au Kenya voisin, la prévention semble avoir eu plus de succès. Reportage à Apac, en Ouganda, et à Malindi au Kenya.

(audio sur http://www.bbc.co.uk/afrique/)

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« Moi j’utilise des moustiquaires et mes enfants n’ont jamais eu le palu… mais les moustiques sont toujours la, malgré les insecticides, ces campagnes n’ont rien apporté de positif… ».

Lillian, 32 ans, mère de trois enfants, vit a Apac, dans la Région de Lira, dans le Nord de l’Ouganda. Ici depuis des années le paludisme est un fléau qui fait de nombreux morts, une des maladies qui tuent le plus d’enfant de moins de 5 ans.



Pour lutter contre la maladie, le gouvernement ougandais, comme de nombreux autres avant lui, a lancé une campagne de pulvérisation d’insecticide, notamment autour de Lira et de Gulu, les principales villes du nord du pays.

A peine sortie des ravages de la longue guerre qui a opposé le gouvernement de Yoweri Museveni aux rebelles de la LRA, l’armée de résistance du seigneur, la région a retrouvé un début de prospérité grâce a l’agriculture biologique.

Malheureusement, le produit chimique choisi pour lutter contre le paludisme, le DDT, est également ultra polluant…



Bosco, fermier de 48 ans du village de Acobatek, dans le même district d’Apac, a commencé à planter du coton et du sésame biologique en 2000. Mais il a perdu son label biologique après les pulvérisations d’insecticide…

« Avant les pulvérisations de DDT, nos produits étaient vendus a un prix plus élevé que la moyenne, car ce sont des légumes biologiques. Mais maintenant le DDT a mis fin à ce projet, nos produits se vendent a bas prix, et nous luttons pour survivre. Je ne peux plus payer l’école pour tout mes enfants, ni les soins de santé ».

Cette région a en effet commencé en 1994 à planter des produits d’agriculture biologique, achetés par l’entreprise basée aux Pays-Bas, Shares. Avant les campagnes d’insecticides, Shares travaillaient avec 27 000 fermiers ougandais de la région. Aujourd’hui, explique Alex Fokkens, le directeur de projet pour la compagnie Shares, seuls 11 000 agriculteurs d’Apac et d’Oyam, la ville voisine, ont conservé l’appellation biologique…

« La plupart des habitants ici sont agriculteurs et avec le label bio, ils obtenaient de meilleurs prix et donc un meilleur revenu, et cela a amenée un vrai développement. Mais avec les pulvérisations de DDT, ce développement s’est arrêté ».
« Dans plusieurs cas, les fermiers ont rapportée qu’on leur a dit que s’ils refusaient les pulvérisations, ils ne seraient pas aidée à l’hôpital en cas de maladie ! ». 

Une coopérative d’agriculteurs a tenté de recourir à la justice mais attend toujours une réponse…

« Le procès est toujours en cours, le gouvernement utilise d’autres produits chimiques a présent, mais ils sont tout aussi mauvais pour les produits biologiques, car aucun produit chimique n’est autorisé. Mais de toutes façons, les traces de DDT peuvent être retrouvées plus de 15 ans après les pulvérisations, donc on ne pourra pas travailler dans la région avec les mêmes agriculteurs avant des années », ajoute Alex.

Mais pour le ministère de la santé ougandais, le DDT qui a été déconseillé depuis par l’OMS, était alors le meilleur choix. Selon le Dr Lugemwa MYERS, chargée de la lutte contre le paludisme au ministère de la sante ougandais, il est efficace et surtout abordable…

« Oui, on l'utilise parce que ca marche! Il marche aussi bien que d’autres insecticides et même mieux parce qu’il dure plus longtemps, il suffit de le pulvériser une fois par an, et les autres produits doivent être utilisés deux fois par an. Et un autre argument est le cout, c’est près de 30 fois moins cher que tous les autres produits chimiques. Et le DDT a fait ses preuves dans d’autres pays, en Europe, en Amérique … Il n’y a pas de raison de ne pas l’utiliser ».

Le gouvernement ougandais recourt à présent à d’autres produits chimiques, moins polluants, qui ont enfin réussi à ralentir la progression du paludisme, mais la maladie reste un fléau pour le pays. 

Au Kenya voisin, la lutte contre le paludisme a au contraire atteint des succès certains.

Sur la cote de l’océan Indien, la ville de Malindi fait même figure d’exemple dans la région.

Une fois par an, en avril, on y célèbre la journée de prévention contre les moustiques, pour sensibiliser l’opinion, avec l’aide de la Fondation suisse Biovision, qui promeut l’emploi de méthodes écologiques en Afrique…



Ici, ce sont les communautés locales qui ont pris en main les questions sanitaires pour mieux éduquer villages par village les familles et surtout les enfants aux méthodes pour se débarrasser des moustiques… Riziki Ramadhani est assistante en matière de prévention du paludisme pour le groupe PUMMA…

« On utilise par exemple ces petits poissons dans les eaux stagnantes, ils mangent les larves de moustiques. Il y a environ 1800 maisons ici, et le nombre de cas de paludisme a largement diminué ».

Elle pense que la prévention et l’éducation sont les mesures les plus efficaces.

« On éduque les gens et les enfants, maintenant ils savent contrôler les moustiques et pour qu’ils dorment sous une moustiquaire ».

Pour le Dr John Kissa, chargé des questions de santé publique dans le district de Malindi, l’action des bénévoles de l’association PUMMA a tout changé…

« On travaille surtout sur la prévention plus que sur les traitements. A Malindi, ce que nous faisons de spécial est la collecte des insectes, le drainage des eaux stagnantes, et nous faisons du dépistage des maisons pour chasser les moustiques. Aussi on enlève les herbes autour des maisons qui attirent les moustiques. L’autre chose, c’est l’éducation des membres de notre communauté, leur donner un pouvoir par l’éducation, pour qu’ils agissent et par exemple se débarrassent des ordures, qu’ils drainent l’eau, qu’ils vérifient les maisons, pour être surs qu’il n’y ait pas de moustiques dans leur environnement ».  



Selon lui, les produits chimiques, les insecticides sont chers et polluants et ne remplaceront jamais la prévention. C’est ce qui fait le succès de la lutte contre le paludisme à Malindi. Une solution qui a le mérite d’être applicable partout.

            Melissa Chemam, en Ouganda et au Kenya, pour BBC Afrique



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